Samedi 3 juillet 2010
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Vous retrouverez ci-dessous l'article de Frédéric Edelmann paru ce samedi 03 juillet dans le quotidien
"Le Monde". Bonne lecture. Dans quelques jours, les Arlésiens pourront découvrir cette maquette en salle d'honneur de l'Hôtel de Ville...
AFP/BERTRAND GUAY
L'architecte américain Frank Gehry à Paris, le 1er juillet 2010, devant la maquette de son
projet pour la Fondation Luma à Arles.
"Jusqu'au dimanche 4 juillet, au Pavillon de l'Arsenal, à Paris - puis durant quelques semaines à Arles (Bouches-du-Rhônes) -, le public peut découvrir
un projet de grande envergure, celui de la Fondation Luma, né essentiellement du mécénat, et qui, à travers ses maquettes, révèle les méthodes d'un des architectes actuels les plus
célèbres : l'Américain Frank GEHRY. Ce dernier a
beaucoup fait parler pour ses bâtiments un peu fous, déstructurés, que ce soit le Musée
Guggenheim de Bilbao (1997) ou
le Walt Disney Concert Hall (2003), à Los Angeles, une salle de concert riche en volutes et copeaux de métal, éclatants le jour, rutilants dans les lumières du
soir.
Lorsque nous l'avions rencontré, en 2003, pour l'ouverture
du Bard College, près de New York, Frank Gehry regrettait la France, où il n'avait plus été invité à construire depuis le Centre américain de Paris (1993),
devenu le siège de la Cinémathèque. De ce bâtiment, il gardait un souvenir mitigé, dans lequel pesait le poids des règlements parisiens et de leurs gardes-chiourme, qui l'avaient conduit à un
profil haussmannien fort éloigné de son imaginaire.
Le revoici donc en France, à 81 ans. Et doublement. A Paris, dans le bois de Boulogne,
il construit la Fondation Louis Vuitton pour la création : un bâtiment de verre inspiré des nuages, destiné à accueillir les collections d'art
de Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, et des expositions temporaires. Et le voilà à Arles, où la Suisse Maja
Hoffmann, héritière des Laboratoires Roche, mécène,
collectionneuse, a proposé à la ville - elle y a passé son enfance et possède une maison en Camargue - de créer sur les anciens ateliers de la SNCF un projet culturel susceptible de dynamiser la
cité au-delà de son célèbre festival de la photographie, début juillet.
Avec un investissement estimé à 100 millions d'euros, un architecte
de prestige et un programme ancré autant dans la création que les archives, Maja Hoffmann et sa Fondation Luma apportent la volonté de coopérer avec trois fleurons de la culture arlésienne : le
festival de photo, les éditions Actes Sud, l'Ecole nationale supérieure de la photo - la liste reste ouverte aux tentations du futur. Ces trois institutions devraient quitter la vieille ville pour ce Parc des
Ateliers.
Rassembleur et
éclaté
Le site, avec ses vastes hangars - le plus vaste ayant déjà été restauré avec
intelligence par les architectes Alain Moatti et Henri Rivière -, a la qualité d'un campus : "Le cerveau sait juxtaposer, il n'est pas fait pour le modèle pyramidal", note
Maja HOFFMANN, exprimant l'essence de ce site à la fois rassembleur et éclaté. Rassembler autour du projet Gehry n'a pas été facile : les
tours, initialement plus ambitieuses, ont dû être raccourcies pour réintégrer l'horizon. L'architecte, qui avait tendance à concentrer son projet près du célèbre site archéologique des Alyscamps,
s'est résolu à s'en éloigner et à se disperser sur les 11 hectares de l'ensemble du terrain.
Pour la Fondation Louis Vuitton, ou pour Luma, Gehry propose une nouvelle écriture,
pas moins échevelée que ses modèles précédents, mais différente par ses formes, plus complexes. Les matériaux diffèrent - le verre à Paris, l'aluminium froissé et compacté à
Arles.
Le projet arlésien évoque les falaises ou l'univers de Van
Gogh, avec deux tours (la plus haute doit monter à 56 m)
construites en blocs d'aluminium, plus doux de loin que de près. On pense encore aux plateaux semi-arides de l'arrière-pays, qui se retrouvent d'ailleurs dans la vieille cour de la SNCF. Sont
évoqués aussi les marais de la Camargue, à travers un vaste jardin dû au paysagiste belge Bas
Smets. Ce dernier est particulièrement subtil, qui a aidé le
projet de Gehry à trouver son équilibre entre les monuments de la ville et la nature du pays. Gehry et ses paysagistes ont enfin cherché à réparer les liaisons, fracturées depuis 1848, entre
ce Parc de Ateliers et la vieille ville antique.
Un travail sur la végétation restituera la continuité depuis le site archéologique
jusqu'au Musée de l'Arles antique. Dessiné en 1995 par Henri Ciriani, entre le Rhône et le canal de la Nouvelle
Ecluse, c'est dans ce musée que repose une partie des tombes
des Alyscamps, dégagées au XIXe siècle par l'appétit foncier de la SNCF.
Reste à la fondation de Maja Hoffmann à acheter le terrain au conseil régional et à
obtenir le permis de construire. Le Parc des Ateliers pourrait alors ouvrir progressivement, de 2013 à 2016. On voit ce que la ville d'Arles, tournée vers le passé, gagnera, en termes d'image
comme de retombées économiques, à avoir un tel emblème sur ses terres".
Sur le Web : Pavillon-arsenal.com et Rencontres-arles.com.
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