C'est un artiste aussi attachant qu'émouvant que je vous invite à découvrir aujourd'hui. Michel KELEMENIS ("Kele") danseur et chorégraphe, est
né en 1960 à Toulouse. En 1977, Kele suit sa formation de danseur à Marseille, avant d'intégrer le Centre chorégraphique national de Montpellier. Après une bourse de la ville Médicis hors les
murs en 1987, il fonde la même année sa propre compagnie Kelemenis et cie situé à Marseille, une ville où il vit aujourd"hui. Il collabore alors avec de nombreux et prestigieux ballets nationaux
dont le Ballet de l'Opéra de Paris, le Ballet de l'opéra national du Rhin, le Ballet du Nord, le Ballet du Grand Théâtre de Genève ou le Ballet national de Marseille. Je connais Kele depuis les
années 2000 date à laquelle nous avions assisté à une corrida dans les arènes d'Arles. Nos origines communes (de Grèce!) nous ont alors naturellement rapproché. Pour ce 51ème portrait depuis la création de mon blog, il revient sur sa passion (la danse), sur l'inauguration de " KLAP Maison pour la danse" à
Marseille, mais il donne également son sentiment sur la ville d'Arles. Merci à toi Kele!......
Photo: Mathieu BARRET, au studio Kéléménis, 1
1. Peux-tu me résumer ton parcours ?
La transposition des acquis de gymnaste dans la danse, du sportif vers l’artiste, s’est effectuée spontanément,
riche de ce qui s’acquiert, enfant, à la façon d’un jeu : le plaisir d’un geste clair, assimilé et sublimé.
La danse a précipité et exalté aussi rapidement que naturellement ce qui était en moi. Ensuite,
si ma 1e chorégraphie essayait de dire le besoin d’une autre danse que celle qu’il m’était proposé de défendre dans la première compagnie, aixoise, avec laquelle je travaillais, le ver de cette
façon a pénétré le fruit : le désir d’écrire la danse, est allé de pair avec celui de danser moi-même. La structure de compagnie indépendante me convient car elle offre une très grande
liberté de rencontres, d’approches et de formes.
De même, j’aime faire danser de grandes compagnies de ballets, comme celles de l’Opéra de Paris, du Rhin, de
Genève ou plus récemment de Marseille, et risquer les fondements d’une écriture gestuelle balancée entre finesse et performance à des corps et des savoirs autres que les miens : je
sais que nous tous, danseurs si différents, sommes les artisans d’un même métier.
Mon cheminement artistique est en profonde résonance avec le besoin d’être populaire et savant, simultanément. Les
frottements qui résultent de cette dualité s’expriment entre abstraction et figuration par le goût du détail et la malice des présences en scène. Ma voie s’affirme dans la confrontation aux
écritures originales des compositeurs d’aujourd’hui : je trouve dans ce dialogue la virginité sans cesse régénérée d’une double réflexion où chacune des 2 expressions, la danse et la
musique, éclaire l’autre.
2. Depuis le 21 octobre dernier, un nouveau lieu de création chorégraphique a
ouvert ses portes dans la cité phocéenne. Peux-tu nous en dire plus?
KLAP Maison pour la danse a été en effet inaugurée, le 21 octobre par le Maire
de Marseille. KLAP propulse la danse et le quartier de Saint
Mauront, au cœur du troisième arrondissement, dans un nouvel âge d’avenir : le temps venu du développement.
Notre compagnie y entre avec l’ensemble de ses soutiens institutionnels, la Ville de Marseille, le Conseil Général
des Bouches-du-Rhône, le Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur, le Ministère de la Culture par le truchement de la DRAC et Institut Français pour les échanges internationaux. A ceux-là
s’ajoutent la Fondation BNP Paribas et de nombreuses structures culturelles déjà partenaires des programmations. KLAP est le lieu naturel du riche travail de notre compagnie, un lieu que
nous choisissons d’ouvrir et partager.
Après avoir accueilli une teinturerie industrielle, puis un garage à camions, 5 corps de bâtiments industriels assemblés en carré sur une surface de 1900 mètres carrés abritent désormais KLAP
Maison pour la danse.
Ce bâtiment est conçu par la danse pour la danse : artiste ou visiteur, chacun le voit dans la simplicité du trait architectural, chacun en ressent l’ergonomie exceptionnelle
durant sa découverte. On y pénètre par un hall lumineux, équipé pour permettre, au-delà des évidentes fonctions d’accueil et de répartition, des performances artistiques comme des fêtes ou des
projections d’images.
Le nom KLAP dit la création : clap de cinéma pour signaler le début d’une scène et claps d’applaudissements pour saluer un travail achevé. Entre les deux, l’ensemble du
processus d’invention est possible.
Maison pour la danse désigne un projet ouvert aux diversités des artistes et des publics
: enfants de tous âges, voisins, curieux, amateurs, professionnels, amoureux ou béotiens, tous rencontrent ici la Culture chorégraphique dans son aspect le plus actuel et vivant : la
création. Cours, stages et ateliers, représentations de formes abouties ou de travaux en cours souvent mis au débat, expositions et projection de films… En mettant la belle vitalité artistique au
cœur de chaque action.
KLAP hérite des 10 années passées à animer le Studio
précédent, qui a été un observatoire actif et le partenaire complémentaire de ce que font les autres structures marseillaises. Il s’est agi de comprendre comment, à partir d’une pensée
d’artistes, avec les moyens très comptés d’une compagnie indépendante, dynamiser notre domaine d’expression avec l’ambition que l’on projette pour Marseille de devenir aussi et rapidement une
capitale de la danse. KLAP est donc aussi nouveau parce qu’il ouvre à Marseille, et qu’il est un lieu permanent et référent dans le domaine de l’art chorégraphique, attelé à son
développement. Ici, c’est pour et à partir de la création que les artistes, émergents ou confirmés, les compagnies locales, européennes et internationales, font vivre le lieu et
nourrissent son activité de la diversité de leurs expériences et de leurs esthétiques.
3. Comment un chorégraphe
marseillais, investi dans sa propre cité, voit-il la voisine Arles ?
Mon image d’Arles
est plus poésie que témoignage.
Tout d’abord je compare les étendues des 2 communes, considérant que les immensités sont propices à la mosaïque
plutôt qu’au métissage, et que le ciment de ces entités complexes, s’il ne peut être le même à Marseille et Arles, est nécessairement nourri d’un fort investissement humain : aux villages urbains
de Marseille divisés par des rocades, répondent les villages ruraux d’Arles et les réseaux de circulation qui les relient. Pour un citadin, le doux eden fantasmé de terres agricoles et de
salines, d’activités aux rythmes dictés par les saisons, de traditions que la grande ville a oublié...
Je n’ai pas de culture taurine, mais ses rituels profonds m’interrogent bien plus que ceux du football, au
point d’avoir créé en 2007 une pièce intitulée Pasodoble, peu après avoir vu ma première corrida, à Arles. A l’échelle de chaque combat, de la sauvagerie à l’humanité lorsque la
bête à bout de vie titube, ou de la sophistication baroque au triomphe de la vanité du torero vainqueur, le bouleversement des valeurs se révèle en passes d’élégance et de puissance, dans une
danse où la musique se mérite ! Entre l’ombre et la lumière se glisse l’enjeu de la mort, d’une vérité qui nous attend tous, ramenée ici à la fulgurance potentielle de chaque instant.
Arles c’est aussi la réalité d’un patrimoine colossal, dont on découvre jalousement avec le
gisement archéologique rhodanien qu’il est encore bien riche de surprises. Sans doute Jules César est-il surgi pour secouer la vision superbe –mais ancienne- qui a présidé au mariage de la
modernité de l’image photographique avec le vieil âge des pierres romaines. Quelle belle alchimie, quelle belle mise en valeur du passé !
Mais l’empereur et son buste ne
donnent-ils pas le signal d’un élan nouveau, d’une évolution dynamique, sans doute élancée vers la mise en valeur des technologies les plus récentes, leur créativité futuriste comme leur capacité
à retrouver le passé ?
A mes yeux, Arles gagnera a affronter la
démocratisation de l’accès aux outils numériques –jouets du tourisme- pour n’exalter de ceux-ci que le meilleur ; pour que, dans la production proliférante d’images, se distinguent avec brio,
chez elle, tant la compréhension de l’Histoire que le fleuron de la création (audio)visuelle.
Informations et renseignements sur le
KLAP
Kelemenis & cie
KLAP Maison pour la danse
association Plaisir d’Offrir
5 avenue Rostand
F 13003 Marseille
33 (0)4 96 11 11 20
compagnie@kelemenis.fr
direction Michel Kelemenis
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