INTERVIEW EXCEPTIONNEL
Photo: Mairie d'Arles
C'est un 48éme portrait
exceptionnel que je vous propose aujourd'hui, celui de Luc LONG. Né le 11/02/1953 à Marseille et
père de 3 enfants, Luc LONG est installé à Arles depuis 1969 (études secondaires/lycée Ampère). Il suit des études d’Histoire de l’Art et d’Archéologie à l’université d’Aix en
Provence jusqu’au doctorat avant de devenir scaphandrier professionnel. Après avoir passé un concours d’Etat, il occupe le poste de Conservateur en chef du patrimoine au DRASSM
(Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) du Ministère de la Culture, organisme national décentralisé à Marseille par son créateur, André Malraux.Depuis la
découverte du portrait de Jules CESAR en 2007, l'équipe d'archéologues plongeurs de l'association 2ASM (association Archéologie sous marine) dirigée par Luc LONG, poursuit ses plongées dans le
Rhône à Trinquetaille, à la rencontre de l'histoire d'Arles. Malgré sa charge de travail et à quelques jours de la fin d'une phase de fouilles, il m'a accueilli sur son bateau et a accepté avec
beaucoup de gentillesse de répondre à mes 3 questions. Un grand merci à toi Luc...
1. Comment est née ta passion pour l'archéologie?
Ma passion est née à la suite d’un reportage des actus régionales vu à la télévision alors que j’étais en
6ème, qui décrivait la découverte d’une sépulture gallo-romaine à côté d’Aix-en-Provence. Aussitôt j’ai su que c’était ma voie, j’ai cherché des associations, j’ai fait
des fouilles terrestres avec quatre amis d’enfance tous aussi passionnés que moi, à qui je prêchais la bonne parole. Il s’agissait de fouilles clandestines mais on croyait bien faire, tout était
noté, enregistré, on voulait même créer un petit musée (le « musée du club des 5 » dont les principaux visiteurs étaient nos parents)…. Plus tard, lorsque j’ai entamé plus sérieusement
mes études en archéologie, j’ai compris que cette science avait peu de débouché, j’ai choisi alors d’orienter dès la licence mes études vers l’archéologie sous-marine et l’étude des épaves. Je me
suis mis ainsi à la plongée à la piscine Berthier à Arles pour passer d’abord mes niveaux sportifs. C’est de là que tout est parti….
2. Quels sont les objectifs de l'association 2ASM (Association archéologoe
Sous-Marine)?
L’association 2ASM (Association Archéologie Sous-Marine), créée en 2004 est une association de la loi 1901, à but
non lucratif, qui a pour objectif de développer et promouvoir la réalisation de chantiers archéologiques sous-marins et subaquatiques.
Son action, menée en étroite collaboration avec le DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques
et Sous-Marines, créé en 1966 par André Malraux), consiste à aider une science en plein développement tout en proposant aux jeunes archéologues un avenir dans cette discipline.
Deux objectifs qu’après quelques années de fonctionnement, 2ASM peut se satisfaire d’avoir remplis.
Les fouilles exceptionnelles de 2007 dans le Rhône ont eu, en effet, un retentissement médiatique
exceptionnel et s’imposent comme un événement qui restera gravé dans l’histoire de l’archéologie. Bien au delà de l’association 2ASM, l’impact de ces opérations, tant populaire que
professionnel, est sans précédant. Qu’il s’agisse des 250 000 pages internet publiées sur le sujet, de l’exposition d’intérêt national « César, le Rhône pour mémoire », du relevage de
l’épave Arles-Rhône 3, de l’agrandissement du Musée d’Arles, ou de la mise en chantier du navire de recherche du DRASSM « L’André Malraux », l’écho est retentissant et les conséquences
collectives.
Mais l’association 2ASM souhaite dans le même temps former des étudiants et des bénévoles qui n’ont pas
les moyens financiers de s’adonner à cette discipline sportive et scientifique, de s’équiper en plongée et de se lancer dans cette aventure. En collaboration avec l’Université de Nîmes,
l’association 2ASM soutient matériellement un nouveau diplôme d’archéologie sous-marine par une formation pratique sur les chantiers de fouille ainsi qu’en post-fouille. A ce jour, douze
étudiants en 2010 et 2011 ont déjà été formés à ce D.U. (Diplôme d’Université), en participant aux chantiers du Rhône et de Camargue, obtenant par équivalence à l’issue de leur stage un diplôme
de scaphandrier scientifique professionnel (Classe 1B ou 2B), reconnu par le Ministère du Travail.
Afin de viser un très haut niveau de formation professionnelle, l’association 2ASM entretient des liens étroits
avec des organismes de recherches tels le DRASSM (Ministère de la Culture), le CNRS, les Universités, l’IFREMER, la COMEX, les Musées…, garantissant ainsi la qualité et la pluridisciplinarité de
ses programmes de recherches et d’études.
Dans cette aventure, l’aide financière et logistique du Ministère de la Culture, de la Région PACA, du Département
des Bouches du Rhône et de bien d’autres partenaires public ou privé est essentielle. Sans leur soutien, ce travail bien qu’acharné n’aurait pas traduit nos aspirations par d’aussi étonnantes
réalisations.
3. Dans quelques jours va se terminer cette
phase de fouille. Quel bilan tires-tu de ces fouilles et quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?
L’étude de port fluvial antique d’Arles, installé dès
l’époque césarienne à Trinquetaille, est menée en articulation avec l’étude d’un avant-port maritime découvert récemment par 10 m de fond face aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Ces deux ports vont
visiblement fonctionner longtemps ensemble, la cité d’Arles jouant un rôle de rupture de charge entre le grand commerce maritime international et la distribution fluviale des marchandises vers
l’Europe.
Mais nos derniers travaux en Camargue en 2011 ont montré que cet avant-port, aux VIème, Vème et IVème siècles
avant J.-C., était d’abord occupé par les Grecs de Marseille. Il se confirme ainsi que la cité d’Arles, avant de devenir romaine, était grecque. Dans le Rhône, les dernières fouilles qui sont en
cours d’achèvement ont recensé 3 nouvelles épaves, dont un bateau antique maritime, retourné. Cela prouve que des navires de mer, dotés d’une quille, pouvaient remonter le fleuve jusqu’à
Trinquetaille à côté des chalands à fond plat. Dans le même temps, 8 canalisations sous-fluviales en plomb qui traversaient le fleuve, ont été mises au jour. L’analyse des résidus calcaires dans
ces canalisations établira si cette eau provenait de l’aqueduc des Alpilles, sur la rive droite, ou si elle venait au contraire de l’aqueduc de Bellegarde. Ainsi il pourrait être démontré
que c’est le faubourg de Trinquetaille qui complétait à l’époque romaine le ravitaillement en eau de la cité d’Arles, pour le fonctionnement de ses nombreux thermes, nymphées, fontaines, bassins
et piscines… Ceci paraît désormais fondamental dans l’étude de la topographie urbaine.
Enfin, ces recherches récentes qui s’achèvent ont permis de découvrir de nombreux fragments de statues et d’objets d’architecture, ainsi que des armes relatives au
épisodes militaires opposant la cité à des hordes de barbares, vers le milieu du IIIème siècle de notre ère. Ces combats terribles ont débouché sur la destruction complète de
Trinquetaille et de tous les quartiers situés en dehors des murailles de la ville.
Une fois la fouille terminée, commencera l’étude détaillée du mobilier, la rédaction des rapports de fouille, la publication des résultats et la recherche des
financements nécessaires aux prochaines campagnes de fouilles dans le Rhône et en Camargue en 2012...
Autour d'un déjeuner convivial, j'ai rencontré Luc LONG et toute son équipe. Je
souhaite organiser, lors des prochaines missions de l'association 2ASM, une visite de chantier de fouilles dédiée aux habitants du quartier de Trinquetaille (Photo:
2ASM, Kim ANTONIAZZI). Un grand merci aussi à Thierry DESCLAUX pour ce fabuleux moment...
Pour plus d'informations sur l'association 2ASM, cliquez sur www.2asm.rhone-cesar.blogspot.com
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