Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 18:05

Pierre DAUM (ici à droite) en compagnie de Chu Van NGAM (un ancien travailleur indochinois rencontré chez lui à Nghé An, à 300 km au sud de Hanoi en février 2007).

Un vrai travail de mémoire. C'est ce qu'à effectué mon ami Pierre DAUM. Ancien journaliste au quotidien "Libération", actuellement grand reporter pour le "Monde Diplomatique", il a publié en mai 2009 aux éditions "Actes Sud" un essai historique, fruit de 4 années d'enquête: "Immigrés de forces, les Travailleurs Indochinois en France (1939-1952)". Le 10 décembre prochain le Maire d'Arles et son conseil municipal seront les premiers élus de la République à rendre un hommage officiel à tous les Travailleurs indochinois. Une première dans notre pays...

 

 

1. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à travailler sur ce sujet?

Ce fut vraiment le hasard. Journaliste à Libération, j’ai été envoyé couvrir l’occupation de l’usine Lustucru à Arles par ses salariés qui refusaient la fermeture de leur outil de travail. J’ai rencontré des producteurs de riz, puis j’ai visité le petit musée du riz de Robert Bon, au Sambuc. Là, je tombe sur un panneau expliquant que les premiers à avoir fait pousser le riz de Camargue tel que nous le connaissons et le consommons étaient des Indochinois venus en France pendant la Deuxième guerre mondiale. À partir de là, j’ai déroulé tout le fil de ces 20 000 paysans vietnamiens arrachés de leur village en 1939, embarqués au fond des cales de bateau, débarqués à Marseille à la prison des Baumettes, puis envoyés dans toute la France pour travailler comme ouvrier dans les usines d’armement, à l’arrière du front. En juin 1940, avec la Défaite, ces usines s’arrêtent. 5000 d’entre ces hommes sont rapatriés, mais 15000 restent bloqués en Métropole pour toute la durée du conflit mondial, et même au-delà. Ils sont alors parqués dans des camps à travers tout le grand sud de la France, et leur force de travail est louée par l’administration française à des entreprises privées, à des communes (travaux de voiries, travaux forestiers), à des exploitants agricoles, etc… C’est ainsi que 1500 d’entre eux se retrouveront en Camargue, 500 pour faire pousser du riz, et un millier pour travailler le sel autour de Salin de Giraud.

 

2. Vous avez pendant plus de 3 ans effectué un vrai de travail de recherches et d'enquêtes à Paris, à Marseille mais aussi à Hanoi et dans tout le Vietnam. Vous avez d'ailleurs réussi à retrouver 25 des derniers acteurs encore vivants de cette période sombre de l'histoire coloniale française. 11 en France, et 14 au Vietnam. Pouvez-vous nous dire quelles ont été leurs réactions sur votre travail et comment ils réagissent à l'annonce d'une cérémonie officielle sur ARLES?

Mon objectif était en effet de recueillir le témoignage de ces hommes, les derniers encore vivants, avant qu’il ne soit trop tard. Et consigner cette source orale d’une page d’histoire jusqu’ici ignorée, afin que les générations futures d’historiens puissent en disposer. Or, avant que je vienne sonner à leur porte, ces hommes pensaient quitter ce monde en emportant avec eux leur histoire. Une histoire qu’ils gardaient dans leur cœur et dans leur mémoire, sans personne pour la recueillir. D’où, dans la plupart des cas, ce véritable bonheur que j’ai ressenti chez mes interlocuteurs lorsque je suis venu leur demander de me raconter leur histoire. Un bonheur redoublé lorsque je leur ai envoyé l’exemplaire de mon livre. Quant je leur ai annoncé la décision du maire d’Arles d’organiser une cérémonie officielle en leur honneur, pour eux, ce fut l’apothéose ! Et leur état d’esprit est très clair : depuis 70 ans, ils n’ont jamais attendu ni excuses ni indemnisations d’aucune sorte. La seule chose qu’ils désiraient, c’étaient la reconnaissance. Tout simplement. Que leur histoire, et leurs souffrances, soit enfin reconnues. La reconnaissance par un livre imprimé, d’abord. Puis la reconnaissance par la France officielle, à travers la voix d’un élu de la République.

  

3. Renvoyés vers le Viêtnam au compte-gouttes à partir de 1946, ce n’est qu’en 1952 que les derniers de ces hommes purent enfin revoir leur patrie. Un millier fit le choix de rester en France. La ville d'Arles va rendre un hommage officiel aux travailleurs indochinois. Ce sera d'ailleurs la première ville de l'hexagone à rendre un tel hommage. Comment expliquer le peu d’engouement des élus sur ce sujet?

Sur les pages sombres du passé de la France, il existe toujours un décalage entre les travaux des historiens et la position de la France officielle. Dans la plupart des cas, les faits sont connus, les historiens ont effectués des recherches. Mais avant que ces faits fassent l’objet d’une reconnaissance officielle, il peut se passer des décennies ! Regarder l’exemple les rafles de Juifs en France, en 1942. Il a fallu attendre plus d’un demi-siècle avant que Jacques Chirac, président de la République, prononce en 1995 son fameux discours au Vel d’Hiv. Quant aux massacres d’Algériens à Sétif et à Guelma en 1945, ou les massacres de Malgaches en 1948, les faits sont parfaitement connus, mais aucun élu de la République n’accepte de les reconnaître. Et pourtant, ce serait si simple ! Il suffit d’un discours… Dans ce contexte, on ne peut que saluer la formidable initiative du maire d’Arles, Hervé Schiavetti. Lorsqu’il prononcera son discours, le 10 décembre dans la salle des Honneurs de la mairie d’Arles, il sera le premier élu de la République française à reconnaître officiellement le sort que la France a réservé aux Travailleurs indochinois. Puisse son initiative servir d’exemple pour tous les maires du sud de la France, élus de communes dans lesquelles furent bâtis les plus grands camps de travailleurs indochinois, dont certains regroupèrent jusqu’à 4000 hommes: Marseille, Sorgues, Agde, Toulouse, Bergerac et Vénissieux. Puis, un jour, un ministre prononcera un discours, avant, peut-être, le président de la République…

Mercredi 09 décembre à 18h à la Chapelle du Méjean: Conférence débat autour du Livre de Pierre DAUM
Jeudi 10 décembre à 11h en Salle d'honneur de l'Hôtel de Ville: Réception officielle et remise de la médaille de la ville aux anciens travailleurs indochinois. Prise de parole

Par Nicolas KOUKAS - Publié dans : 3 questions à......
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Commentaires

Le rôle des travailleurs indochinois va enfin avoir droit à un début de reconnaissance officiel, et ce grâce au maire d'Arkes. En tant qu'arlésien, on ne peut qu'être fier de cet acte, en espérant qu'il en découle des réactions en cascade.
Merci pour cet interview intéressante.
Commentaire n°1 posté par Yannick le 30/11/2009 à 14h47
HIStoire peu connue
Vrai travail d'historien
En plein debat sur l'identité nationale en plus
Ca prouve que la France s'est faite avec des italiens, espagnols, algériens...........des indochinois
C'est ca la France=============LA DIVERSITE!!!!!!!!!!
Commentaire n°2 posté par Roger FG le 30/11/2009 à 22h56
C'est une très bonne chose que la ville de Arles rende un tel hommage à des étrangers
des étrangers qui ont été aménés à travailler dans notre et qui n'ont jamais eu de reconnaissance!
c'est souvent ca la France : de bonnes paroles et au final on méprise
bravo à l'historien d'avoir mis à jour cette belle histoire
et que nos écoliers de toute la commune apprennent cette histoire
Fred
Commentaire n°3 posté par Fréd le 01/12/2009 à 09h10
OUI bon ca va : c'est pas la peine d'en faire toute une histoire non plus
Commentaire n°4 posté par Dan le 01/12/2009 à 13h22
Les Harkis(souvent oubliés dans notre commune) de Mas Thibert et tous les habitants de Mas Thibert auraient aimé une piscine digne de ce nom cet été , que leur hameau ne soit pas délaissé... les hommages ça renforce surtout  l'égo des élus , mais c'est du pragmatisme dont  tous les citoyens ont besoin!!!!étrangers ou pas on est sur un même bateau ....à quand un article sur l'identité nationale,(d'actualité) Nicolas Koukas,?????
Commentaire n°5 posté par Muriel MONFORT le 02/12/2009 à 11h54
ON VOUS parle pas de harkis la! on vous parle de travailleurs indochinois
et on vous dis que la ville est la 1 ERE VILLE DE FRANCE a rendre un hommage officiel!
ca vous convient pas???
TANT PIS!:!!
et pus votre débat a deux balles sur l identite nationale on n en veut pas!
on est tous égaux qu on soit algérien italien espagnol........ ok?
Commentaire n°6 posté par Sylvain qui en marre des commentaires à deux balles de certains! le 02/12/2009 à 16h25
y'en a marre aussi que les élus ne se contentent que de parler du passé, sous prétexte du devoir de mémoire, qu'elle laisse ce parcours guerrier aux anciens , car de toute façon ,malgré les atrocités racontées par les anciens, pour qu'il ni y est plus jamais de guerres hé bien ça ne sert pas à grand chose , car il y a toujours et autant sinon plus de conflits armés.
Oui,bien évidement que l'on respecte les anciens qui se sont battus pour la France (14/18 y en a plus et 39/45 ils ne sont plus de première jeunesse), comment peut-on aller de l'avant si on ne fait que parler du passé.
Commentaire n°7 posté par rené le 03/12/2009 à 00h31
Mais Sylvain, ils ont été honorés les Harkis, et après...aux oubliettes!!!!
On veut faire un scoop , de la récup politique sur un pretexte populiste , soit! qu'il en soit ainsi,, on parlera plus de mr le maire qui est le premier à....et ces indochinois repartiront avec breloques(à deux balles)  et les honneurs pour le premier maire de France pour cette initiative.
Respect à tous les immigrants d'hier et d'aujourd'hui venus donner à notre pays la main d'oeuvre qui  faisait jadis défaut!!!indochinois, italiens espagnols portuguais etc...donc encore beaucoup de monde à qui rendre hommage!!!!
Commentaire n°8 posté par Muriel MONFORT le 03/12/2009 à 17h43
Madame
Vous êtes méprisante à l'égard de ces personnes
C est scandaleux
Gilles
Commentaire n°9 posté par gilles le 03/12/2009 à 22h57
Mais bien au contraire monsieur, beaucoup de respect pour les travailleurs qu'ils soient indochinois ou autres...c'est la récupération politique qui me déplait...Les polonais qui viennent via des agences de l'Est sont encore exploités dans les vergers,(payés 600€ par mois pour travailler comme des dingues) la main d'oeuvre maréchaire vient du Maroc, portugal etc...parceque c'est plus facile pour certains exploitants de ne pas payer les charges en déclarant le minimum en fiche salariale et en faisant travailler un maximum....quand ils déclarent!!!!même les étudiants ont du mal à "faire les fruits",et les chômeurs, on préfère embaucher du moins "déclarable"... on les embauche juste le temps que les polonais arrivent pour les agences polonaises...une réalité où il faudrait que se penche notre gouvernement....
Du boulot il y en a dans ce domaine , et quand on est au chômage difficile de s'y faire embaucher, un paradoxe qui s'explique....je connais un cas dramatique , un père de famille qui est tombé d'un arbre qu'il élaguait l'année dernière, il est infirme à présent et sa compagne se bat car après son premier mois d' embauche c'est une fiche de salaire érronée que le patron a présentée, alors que l'ouvrier agricole avait travaillé 50h par semaine, juste une vingtaine  a été édéclarée...Classique...!!!manque de pot pour le patron ce couple est d'origine marocaine mais parle et écrit très bien le français, ...et bien conseillé....ce qui n'est pas toujours le cas!!cela ne rendra pas les jambes de ce brave homme mais il faut dénoncer ces abus scandaleux, et ce n(est pas du mépris Mr  Gilles, c'est un combat pour qu'on arrête d'exploiter les gens en difficulté!!!
Je sais que parler d'une certaine réalité dérange...et beaucoup reste encore à faire!!!
Commentaire n°10 posté par Muriel MONFORT le 11/12/2009 à 18h13
CETTE femme est toujours aussi a côte de ses pompes,???
Commentaire n°11 posté par laurent le 12/12/2009 à 01h47
Couchez-vous plus tôt, ça vaudrait mieux!!!!
Commentaire n°12 posté par Muriel MONFORT le 14/12/2009 à 15h39

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Nicolas KOUKAS
est né le 14 mai 1975 à Arles  

Adjoint au maire d’Arles depuis 2001

Conseiller Communautaire A.C.C.M depuis 2004

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